Magie de la danse : musique de ballet avec les Berliner Philharmoniker
Les ballets composés par Tchaïkovski, Stravinsky, Ravel ou Prokofiev offrent une telle profusion de rythmes, de couleurs, d’images et d’ambiances qu’ils sont depuis longtemps entrés au répertoire des grands orchestres symphoniques. Notre playlist remonte jusqu’à la musique baroque française, traverse le XIXe siècle, s’attarde autour des œuvres commandées par les légendaires Ballets russes, et va jusqu’à Béla Bartók et Bernd Alois Zimmermann, dont le chef principal Kirill Petrenko a interprété avec les Berliner Philharmoniker la suite Alagoana en février 2020.
Bien que son nom provienne de l’italien (où balletto signifie « petite danse »), l’institution du ballet est historiquement liée à la culture française. Dès l’époque baroque, les œuvres mises en scène à la cour du Roi Soleil comportent des intermèdes dansés qui préfigurent le genre du ballet en tant que forme d’art à part entière. Par ailleurs, des compositeurs comme Jean-Baptiste Lully ou Jean-Philippe Rameau ont créé des formes hybrides entre opéra et théâtre dansé. En 2011, la spécialiste du baroque Emmanuelle Haïm, à la tête des Berliner Philharmoniker, a présenté au public berlinois la musique de Rameau, ses rythmes marquants et ses harmonies audacieuses.
Au XIXe siècle, alors que le répertoire de la danse compte déjà beaucoup de pièces pouvant remplir une soirée entière, les liens entre opéra et ballet persistent – et pas seulement pour des raisons artistiques : les intermèdes dansés sont indispensables aux membres fortunés du Jockey Club de Paris, dont la plupart entretiennent des liaisons avec des ballerines. C’est ainsi que Giuseppe Verdi doit composer un ballet pour son opéra Don Carlos, créé en langue française à Paris, et pour les versions françaises de Macbeth et Otello ; Christian Thielemann a dirigé en 2012 ce répertoire séduisant et peu connu.
La rencontre des grandes puissances du ballet que sont la France et la Russie, lorsque les Ballets russes du brillant imprésario Sergueï Diaghilev se produisent à Paris, constitue l’un des chapitres les plus passionnants sur l’esthétique de la modernité. Cette compagnie de ballet aujourd’hui légendaire a laissé une empreinte indélébile non seulement dans l’histoire de la danse, mais dans celle de la musique. C’est pour les Ballets russes que Maurice Ravel a composé sa capiteuse fantaisie antique Daphnis et Chloé, Manuel de Falla son ballet pittoresque Le Tricorne et Igor Stravinsky la partition révolutionnaire du Sacre du printemps, présenté ici dans la version dansée d’un projet éducatif philharmonique.
Les compositeurs issus de l’espace germanophone sont assez rarement associés au genre du ballet. Il y a toutefois des exceptions, comme le montre notre playlist : outre la musique de Beethoven inspirée du mythe de Prométhée, on peut y entendre Alagoana de Bernd Alois Zimmermann, une pièce fascinante que le chef principal Kirill Petrenko a inscrite au programme en février 2020. Avec cette composition inspirée de légendes sud-américaines, la boucle est bouclée, puisque les intrigues de l’opéra-ballet baroque français se déroulaient souvent, elles aussi, dans des contrées lointaines.
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